Fuite de la ville à Careggi

Auteur: Laurent de Médicis 1473 it wikicode

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Lieux associés : Villa di Careggi

Laurent de Médicis se réfugie dans sa villa de Careggi pour fuir les tourments de la vie publique. Il va y rencontrer un berger, puis Marsile Ficin.

Du Souverain Bien ou l'Altercation (De Summo Bono o L'Altercazione)

Da più dolce pensier tirato e scorto,
fuggito avea l'aspra civil tempesta
per ridur l'alma in più tranquillo porto.

Così tradotto il cor da quella a questa
libera vita, placida e sicura,
ch'è quel poco del ben, che al mondo resta ;

e per levar da mia fragil natura
quel peso che a salir l'aggrava e lassa,
lassai il bel cerchio delle patrie mura.

E, pervenuto in parte ombrosa e bassa,
amena valle che quel monte adombra,
che 'l vecchio nome per età non lassa ;

là dove un verde lauro facev'ombra,
alla radice quasi del bel monte
m'assisi, e 'l cor d'ogni pensier si sgombra.

Un fresco, dolce, chiar, nitido fonte
ivi surgea dal mio sinistro fianco
rigando un prato innanzi alla mia fronte.

Quivi era d'ogni fior vermiglio e bianco l'erbetta verde ; ed infra sì bei fiori
riposai il corpo fastidito e stanco.

Eranvi tanti vari e dolci odori,
quanti non credo la Fenice aduna,
quando sente gli estremi suoi dolori.

Credo che mai né tempestosa o bruna
sia l'aria in loco sì lieto ed adorno,
né ciel vi possa nuocere o fortuna.

Traduction d'Olivier Lexa (Poésies de Laurent de Médicis, Payot, 2021)

Par un des plus tendres désirs entraîné et guidé,
j'avais fui l'âpre agitation de la ville
pour conduire mon âme en un port plus tranquille.

J'avais ainsi ramené mon cœur de la vie d'ici
à celle de là-bas, libre, paisible et sûre,
faite du peu de bonheur qui reste au monde ;

et pour ôter à ma fragile nature
ce poids qui alourdit son essor et l'accable,
je quittai la belle enceinte de ma cité.

Parvenu dans une petite dépression ombragée,
une charmante vallée à l'ombre de la montagne
que l'âge ne fait pas abandonner son vieux nom,

là où un vert laurier faisait de l'ombre,
presque au pied de la belle colline
je m'assis, le cœur de tout souci allégé.

Une fraîche, douce, claire et limpide source
coulait à ma gauche,
irriguant un pré devant moi.

Mille fleurs blanches et vermeil
parsemaient l'herbe verte ; et c'est parmi ces fleurs si belles
que je reposai mon corps las et épuisé.

Il y avait plus d'odeurs suaves
que n'en assemble, je crois, le Phénix
quand il sent sa dernière heure venue.

Il me semble que jamais tempêtes ni brouillards
ne troublent l'air de ce lieu si gai et fleuri ;
ni le ciel ni la fortune ne peuvent y nuire.