Description de Santa Croce
Lieux associés : Basilique Santa Croce
Parmi les richesses de Santa Croce, Lalande distingue le tombeau de Michel-Ange et, comme Charles de Brosses avant lui et Stendhal plus tard, la chapelle Niccolini.
Santa Croce, Eglise de Cordeliers Conventuels, bâtie vers l’an 1294, sur les desseins d’Arnolfe, (qui fut aussi l’Architecte de la Cathédrale), a été restaurée ensuite sur les desseins du Vasari ; elle a 430 pieds de long sur 126 de large : on y entre par trois portes, & l’on voit sur celle du milieu une statue de la main du Donatello, qui représente S. Louis, Archevêque de Toulouse. En entrant par la porte du milieu, on remarque à droite une descente de Croix de Salviati, & le crucifiment par Santi di Tito. Un peu plus loin est le mausolée de Michel-Ange ; on y voit son buste avec trois couronnes accompagnées de ces mots d’Horace : Tergeminis tollit honoribus ; trois grandes figures représentant la Peinture, la Sculpture & l’Architecture, assises au-dessous de son sarcophage, dans un état de deuil, & dans des attitudes qui expriment leurs regrets de la perte d’un si grand homme. On a fait entrer dans la décoration de ce monument, un petit tableau de sa main, où il a peint le Christ mort, & les saintes femmes au tombeau ; la figure de l’Architecture est de Giovanni dell’Opera ; celle de la Sculpture est de Valerio Cioli ; & celle de la Peinture, ainsi que son buste, sont de Batista Lorenzi ; la statue de la Peinture est celle qui mérite le plus d’attention, étant bien pensée, quoique peu correcte : voici l’épitaphe qui est au bas du mausolée.
« A la mémoire de Michel-Ange Bonaroti, de l’ancienne famille de Scimoni, Sculpteur, Peintre & Architecte connu de tout le monde par la voix de la Renommée. Léonard, à l’instigation du Sérénissime Prince Côme de Medicis, Grand Duc de Toscane, a fait poser ce monument à l’honneur d’un oncle chéri & à qui il devoit beaucoup, après avoir fait transférer ses os de Rome, & les avoir renfermés dans cette fépulture de ses ancêtres en 1570 ; il a vécu 88 ans ».
Après le tombeau de Michel-Ange, on trouve celui de Pierre Antoine Micheli, célèbre Botaniste, qui avoit la direction du jardin de Florence ; il a donné beaucoup de nouveaux genres de plantes en 1729, sur-tout la description de plusieurs especes de mousses, qui sont une des parties difficiles de la Botanique ; nous avons de lui un livre fur l’orobanche, espéce de plante parasite qui croît sur d’autres plantes, imprimé à Florence en 1720 ; un catalogue des plantes des environs de Florence. Le célebre Linnæus ou van Linné, en parlant de lui, dit qu’il est le Lynx de la Botanique, Botanicorum vere Lynceus in examinandis & depingendis minutissimis floribus muscorum & fungorum. (Bibliot. Botan. p. 107).
On trouve ensuite la troisieme chapelle où Vafari a peint J. C. portant sa Croix ; il est d’un grand caractere de dessein, mais sans effet ; la quatrieme où ezt l’Ecce Homo de Jacopo di Meglio ; la cinquieme d’Alexandre del Barbiere, où est la Flagellation ; la sixieme où J. C. est représenté dans le jardin des oliviers, par André del Minga.
La chapelle des Cavalcanti, renferme une belle Annonciation en pierre, du Donatello, qui fit la réputation de ce célebre Artiste ; la septième chapelle renferme l’entrée de J. C. dans Jérusalem, commencée autrefois par Cigoli, & finie par Bilivelti.
Dans la chapelle des Barberini, où est enterré François da Barberino, grand poëte, on voit les stigmates de Saint François, par Naldini.
La chapelle des Calderini, revêtue de marbre de Carrare, est aussi ornée de peintures assez bonnes. Du côté gauche on trouve d’abord une descente de Croix de Salviati, remarquable par le dessein & les caractères de têtes seulement.
La chapelle des Niccolini, qui est aussi du côté gauche, est la plus belle de toutes par son architecture ; les ornemens sont en marbre de Carrare : on y remarque dans un mausolée une figure de Moïse, & dans un autre celle d’Aaron : elles sont toutes deux bien composées, les caracteres en sont admirables, les chairs d’une vérité surprenante, & les draperies bien jetées, quoique les plis en soient un peu trop multipliés. Il y a encore dans cette chapelle trois figures médiocres, représentant la Virginité, la Prudence & l’Humilité ; on les attribue toutes cinq à Francavilla, Sculpteur Flamand, ce qu’on a peine a croire, attendu la disparité de maniere qui se trouve entre les deux premieres & les trois dernieres. Il y a aussi des fresques de Volterra dans la même chapelle, & des tableaux d’Alexandre Allori ; quant au sujet de la Passion qui y est représenté, c’est un Christ mort, peint par le Cigoli.
Les sept chapelles de la gauche, qui correspondent à celles dont nous avons parlé, représentent des mysteres joyeux ; dans la premiere chapelle en revenant vers la porte, est la venue du Saint Esprit, par Vasari ; dans la seconde l’Ascension du Stradano. Près de-là est le tombeau de Léonard Bruni d’Arezzo, Secretaire de la République de Florence, qui fut aussi un poëte distingué ; quoique fort différent du grand Pietro Arretino, qui a rendu si célèbre le nom d’Arezzo sa patrie, & que l’Arioste appeloit le divin Aretin : voici l’épitaphe de Léonard Bruni.
{{em}}Historia luget, Eloquentia muta est,
Ferturque Musas, tam Graecas, quam
{{em}}Latinas lacrymas tenere non potuisse.
« Lorsque Léonard (Aretin) mourut ; l’Histoire pleura, l’Éloquence devint muette, & on dit que les Muses Grecques & Latines ne purent retenir leurs larmes ».
Dans la troisiéme chapelle, on voit l’apparition de J. C. aux Apôtres, par Vasari ; dans la quatrieme, Jesus à table avec ses Disciples, par Santi di Tito ; dans la cinquiéme, la Résurrection par le même Peintre ; dans la sixième, J. C. dans le tombeau, de Naldini ; dans la septieme, J. C. aux limbes, par Agnolo Allori, connu sous le nom du vieux Bronzin. M. Grosley, dont le voyage est rempli d’anecdotes agréables, nous apprend que le peintre y a représenté sa maîtresse, ses amis & lui-même ; chacun avec des traits particuliers relatifs à son caractère plaisant ; il étoit un des Poëtes dont les pièces amusantes forment le recueil des Opere Bernesche.
Il y a encore dans cette Eglise plusieurs peintures de Cimabué & de Giotto ; on aime à voir les premiers essais de ces illustres Restaurateurs de la Peinture : on admire sur-tout les Crucifix peints par Cimabué, qui sont près de la porte d’entrée.
La Chaire est de marbre de Serravezza, ornée de bas-reliefs de la plus grande beauté, elle est adossée à une colonne, dans l’intérieur de laquelle on a pratiqué l’escalier qui sert pour y arriver, c’est un ouvrage de Benoît da Maiano.
Le Tombeau de Galilée que nous avons omis, pour ne pas interrompre l’ordre des mysteres, est un des ornements distingués de cette Eglise ; il a été fait suivant les intentions de Viviani, qui avoit résolu d’élever ce monument à la gloire de son illustre maître, qui étoit mort en 1642, & la Maison Nelli qui a succédé à Viviani, l’a fait exécuter en 1737.
Le Buste de Galilée est de J. B. Foggini ; la Figure qui représente l’Astronomie, est de Vincent Foggini ; la Géométrie est de Jérôme Ticciati ; le dessein général est de Julio Foggini. Galilée avoit été enterré sur la place S{{e|te}} Croix, en terre profane, parce qu’il étoit regardé comme suspect d’hérésie, à cause de sa Physique nouvelle ; mais on l’a inhumé depuis avec honneur dans l’Eglise de S{{e|te}} Croix.
L’Eglise que nous venons de décrire, à cause de sa est unie à un Couvent d’environ 60 Cordeliers, de la grand-manche, Minori Conventuali : l’on dit que Sixte-Quint étant encore Religieux, y enseigna la Philosophie vers l’an 1550 ; c’est aussi à ce Couvent qu’est attaché le privilège de donner l’Inquisiteur de Florence : cette Charge en Toscane n’est point entre les mains des Dominicains, comme dans le reste de l’Europe ; mais elle est attachée à l’ordre des Cordeliers.
On remarque encore dans ce Couvent, la Chapelle des Pazzi, qui fut bâtie sur les desseins de Brunellesco, & une Congrégation de Gentilshommes, Confraternita del Gesù, dont le vaisseau a été peint par Laurent Del Moro.
C’est aussi sur la place qui est au-devant de Ste. Croix, que se font les grands exercices du Calcio, dont nous parlerons à la suite des Courses de chevaux.
Après avoir fait le tour de Florence du côté du Nord, revenons au centre de la Ville, pour y voir le bâtiment de l’Université, qui a donné son nom à la rue de via dello Studio.
Cette Université est de la plus haute