Santa-Croce

Auteur: Charles de Brosses 1739-1740 fr wikicode

À Santa-Croce, le président de Brosses trouve les tableaux passables et ne voit que du marbre et des statues dans la chapelle Niccolini, là même où les fresques de Volterrano donneront à Stendhal son « syndrome ».

Sainte-Croix est un bâtiment antique assez majestueux, construit par maître Arnolfo di Lapo. Je laisse les tableaux, parce qu’ils ne sont que passables à mes yeux, trop gâtés par les peintures exquises de Venise et de Bologne, pour ne vous parler que des tombeaux de Leonardo Bruni Aretino ; de celui de Michel-Ange, orné de trois statues représentant la Peinture, l’Architecture et la Sculpture, faites par trois de ses écoliers, et de son buste fait par lui-même, et de celui de Galilée, plus beau qu’aucun des précédents. L’Astronomie et la Géométrie accompagnent un médaillon contenant le portrait de ce restaurateur de la bonne philosophie, au bas duquel on a dépeint en or, sur le lapis, la planète de Jupiter, avec les quatre satellites qu’il découvrit. C’est un particulier qui a fait construire en dernier lieu ce monument, pour honorer la mémoire de ce grand homme, et les frais ont été pris sur un legs que Viviani, élève de Galilée, avoit fait pour cela par son testament.

N’oubliez pas de voir dans cette église l’admirable chapelle des Niccolini, toute simple, faite en entier de marbre de Carrare, sans autres ornements que cinq statues de même matière. Vous ne croiriez pas pouvoir jamais rien trouver de plus noble, si vous ne passiez dans le cloître, où se trouve la chapelle des Pazzi, d’ordre corinthien, que je ne donnerois pas, je crois, tout imparfaite qu’elle est, pour le temple d’Éphèse. Vous pouvez aussi, puisque vous êtes là tout porté, donner un coup d’œil à la bibliothèque qui n’est pas mal composée.