L'Annonciade

Auteur: Charles de Brosses 1739-1740 fr wikicode

À la Santissima Annuziata, De Brosses admire les fresques d'Andrea del Sarto et décrit la chapelle miraculeuse.

Pour me débarrasser tout de suite des églises, les principales, après le Dôme, sont l’Annonciade, dans une place bâtie régulièrement à portiques, de trois côtés. En entrant dans le cloître qui précède l’église, on trouve le tombeau et le buste d’Andrea del Sarto. Je remarque ceci particulièrement, parce qu’il n’est pas possible de trouver nulle part ailleurs une plus belle physionomie d’homme. Il a peint à fresque un des cloîtres du couvent ; et la Vierge, assise au-dessus de la porte (la Madonna del Sacco)[1] passe pour le meilleur ouvrage qu’il ait jamais fait ; c’est, pour le dire en passant, de tous les peintres florentins celui qui m’a paru le meilleur. Le plafond de la nef est fort doré, et la voûte du chœur admirablement peinte par Franceschini Volterrano, qui y a représenté l’Assomption de la Vierge dans le ciel, et j’ai pris garde qu’il a eu soin de ne mettre dans le ciel que les saints qui pouvoient honnêtement y être selon la chronologie.

Je laisse toutes les autres peintures pour ne m’arrêter qu’à celle de la riche chapelle de l’Annonciade, qui fut faite par miracle, tandis que le peintre qui y travailloit s’étoit endormi. Les murs de cette chapelle, quoique tous d’agates et de calcédoines, sont recouverts, du haut en bas, de bras, de jambes et autres membres d’argent, qu’y ont consacrés ceux qui ont eu la grâce d’être estropiés. En France, nous nous contentons de porter aux processions des têtes sur des brancards ; dans le reste de l’Italie, ils portent des madones ; mais ici ils n’en font pas à deux fois : ils portent le maître-autel de la chapelle tout brandi.

References

  1. La Madone au Sac, ainsi nommée parce qu’elle fit payée un sac de farine à Andrea dei Sarto.